samedi 30 mai 2020

La mode féminine au XVIIIème siècle

AVERTISSEMENT : Cet article est long. Gros kiss


Hello people ! :D

Je sais ce que vous vous dîtes... "Mais enfin Fanny, quel rapport avec le (début de fin de) confinement ??"
Les copains, n'avez-vous pas lu mon précédent article à ce sujet ?
Le confinement est l'occasion de passer du temps à faire les choses qu'on aime,
à consacrer enfin de nombreuses heures déculpabilisées à nos hobbies, nos passions...

Pas la mode "tendances shopping printemps/été 2020"...

La mode d'antan. La mode aux différents siècles.
La mode et son évolution. La mode et son histoire.
Les costumes d'époque somptueux.
L'élégance, le raffinement, l'opulence, l'excès, jusqu'au mauvais goût, parfois...
 Il y a quelques temps, je me suis sentie très inspirée à l'idée de faire un article sur le sujet
et le confinement aidant, je me suis studieusement plongée dans mes bibles.

Je ne parlerai ici "que" de la mode du XVIIIème siècle,
et uniquement chez les femmes aristocrates
 (ce qui est déjà un gros morceau, comme vous pouvez le voir
à cette arrogante barre de défilement →)
mais j'ai bien l'intention d'aborder la garde-robe de ces messieurs une prochaine fois.


***********


Après la mort de Louis XIV en 1715, le style "Rococo" (rien à voir avec le chant du coq) apparaît.
Il est, à l'époque, considéré comme très chic et raffiné. Les vêtements sont pensés comme des œuvres d'art et l'apparence dans sa généralité transpire l'extravagance et la coquetterie.


LA ROUTINE MAKE-UP DE L'ARISTOCRATE


Un maquillage lourd qui se simplifie grandement vers 1770 avec l'arrivée de Marie-Antoinette à Versailles et de son goût pour le naturel. Privilégiant les soins cosmétiques d'entretien au "masque cache-misère" d'usage, elle sera très critiquée avant d'être imitée.


LA COIFFURE DE L'ARISTOCRATE

Les femmes se coiffent principalement de chignons plus ou moins complexes et laissent pendre quelques mèches en anglaises.
C'est encore Marie-Antoinette qui révolutionne tout ça et lance la mode du volume extrême et de l'extravagance.

Les coiffures dites "en poufs" (échafaudage et coussins) peuvent atteindre 1 mètre de haut.
On rembourre les choucroutes de crin, on y fout du tissu, des plumes, des perles, des joyaux, des fleurs, des animaux empaillés, des maquettes de bateaux...



À la fin du XVIIIe siècle, on peut voir la "coiffure à l'enfant" sur plusieurs portraits.
Inventée pour Marie-Antoinette qui perd ses cheveux après la naissance du dauphin, la coiffure bien plus modeste que ses fantaisies passées présente des cheveux plus courts et crêpés sur le dessus, et lisses et longs sur la nuque. Le look est sauvage mais élégant, c'est un peu le "coiffé décoiffé" de l'époque.

LES CHAPEAUX
Comme vu plus haut, protéger sa peau du soleil est essentiel. Voyons ensemble quelques coiffes portées par ces dames :
Le couvre-chef varie en fonction de la tenue portée, à chaque occasion son chapeau ! La bergère et le chapeau à la Devonshire sont des chapeaux de paille qui s'associent aussi bien avec une robe de cour qu'avec une robe décontractée. Seule la charlotte se porte en intérieur, la calèche protège la coiffure et le petit tricorne est réservé à la chasse.


  LES BIJOUX DE L'ARISTOCRATE 
On aime les belles pierres (surtout le diamant), les joyaux, les strass, bref, tout ce qui brille. On porte les bijoux à même la peau ou fixés aux vêtements ou aux perruques.

On voit beaucoup le collier ras-de-cou (l'équivalent de notre choker actuel, mon bijou favori), en ruban, dentelle, velours, ou perles... Si aujourd'hui, on a plutôt tendance à dépareiller nos accessoires, au XVIIIe, on ne jure que par les parures. On retrouve donc souvent des bracelets, colliers et boucles d'oreilles assortis.
Plus discret et mystérieux, le bijou à message connaît aussi un grand succès : des médaillons fermés qui contiennent les initiales, les cheveux, ou le portrait d'un être cher.

 (comme celui de Sissi, dans la série animée, pour la génération 90...)
(Céline, you-même you know)

Plus "accessoire" que "bijou" (et pourtant...), l'éventail lourdement décoré est aussi un grand ami des dames de la cour. En plus de la rafraîchir (vous verrez plus tard qu'elles en ont bien besoin), il donne à sa propriétaire un air mystérieux et séduisant, et dissimule à l'occasion une mauvaise haleine ou de vilaines dents.


LES SOUS-VÊTEMENTS DE L'ARISTOCRATE
On retrouve les 3 mêmes éléments de torture sous chaque tenue féminine :

Au niveau des jambes, on porte des bas (chaussettes hautes arrivant au genou) maintenus en place par des rubans.
Hommes et femmes portent des chaussures à boucles avec des talons, symboles de noblesse. Les chaussures féminines sont particulièrement fragiles et ne supportent que les courtes balades au jardin (on laisse tomber le fantasme de la longue randonnée romanesque).
Selon la classe sociale, la boucle est en acier, en laiton, en argent, en vermeil, en verre, en strass ou en diamant...


Pour rester à l'intérieur, on préfère les mules en satin ou en soie (elles s'enfilent comme des pantoufles), inspirées de l'orient.
Les chaussures perdront leur haut talon au fil des années et deviendront plus confortables à la fin du XVIIIème siècle.

 
LE CORPS À BALEINES
Comme vu précédemment, le corps à baleines ou simplement "corps" est un dérivé du corset.
Porté dès la petite enfance par les garçons comme les filles, il aide au bon maintien du dos.
À l'adolescence, il est abandonné par les garçons devenus des hommes, mais reste solidement ancré dans la penderie des femmes qui le porteront toute leur vie pour affiner leur taille.


LE FICHU
Maintenant qu'on a bien dégagé la poitrine, il faut couvrir ces seins qu'on ne saurait voir (bien hypocritement, tout de même). On s'efforce alors de dissimuler un peu de peau avec un fichu, qui enveloppe la nuque et se coince sous la pièce d'estomac ou la recouvre.
Ce foulard fin, généralement en mousseline de lin brodée, est évidemment complètement transparent pour ne rien cacher du tout. Il est même parfois plissé de manière à simuler une poitrine plus généreuse. On l'appelle alors "fichu menteur".
Il s'élargit vers 1780 et devient une sorte de châle qu'on porte croisé sur le corsage.

Dans le film Les Liaisons Dangereuses de Stephen Frears, le fichu a une utilité symbolique.
Petit résumé : La Présidente Madame de Tourvel, très dévote, pure et fidèle est courtisée par le vicomte de Valmont, un libertin sans scrupule avide de nouveaux défis.


LA GARDE-ROBE DE L'ARISTOCRATE

Les robes de l'époque étaient faites de tissus épais, parfois matelassés, smockés ou rembourrés par endroit, pour un effet 3D très chic et précieux. On aimait les nœuds de ruban, les perles, la broderie, le tissage; et la dentelle de qualité supérieure était l'ornement le plus couteux.


LA ROBE VOLANTE
Au début du XVIIIème siècle, c'est la robe volante qui est en vogue. Elle tient son nom des longs volants qui tombent des épaules jusqu'aux pieds.


LA ROBE À LA FRANÇAISE
C'est la tenue féminine qui nous vient à l'esprit quand on pense au XVIIIème siècle et la plus populaire de cette période, grâce notamment à la Marquise de Pompadour qui en raffolait.
Elle se compose d'une robe, d'une jupe et d'une pièce d'estomac.
 

  (Vous avez un très bon aperçu de ces étapes dans l'introduction

Encombrées et serrées dans leurs vêtements, les femmes n'avaient pas d'autre occupation que la conversation. Cette tenue représentait donc parfaitement l'oisiveté de la cour.



LE CASAQUIN
Alternative à la robe, on voit bientôt apparaître une veste courte : le casaquin, aussi appelé caraco ou plus familièrement "pet-en-l'air" (car le vent le soulevait à hauteur des fesses).
Il est plus pratique que la robe et apprécié pour sa légèreté et sa traîne courte.
On aime bien le porter avec une jupe de couleur différente (fantaisie, quand tu nous tiens!)
En extérieur, on porte aussi de courtes vestes dont une appelée "pierrot". Celle-ci a des manches plus longues, ne possède pas de traîne au dos mais des basques, et est complètement fermée sur l'avant.










L'HABIT DE COUR
Appelée aussi "grand habit" pour la Reine uniquement, cette tenue était le summum de l'élégance Rococo. Contrairement aux vêtements pour tous les jours qui se simplifient et gagnent en confort, l'habit de cour est une pièce qui demeure complexe, lourde (plusieurs dizaines de kilos) et très inconfortable.

Les belles, comprimées dans leur minauderie, ne passent littéralement plus les portes, à part de profil. Le mobilier doit même évoluer pour accueillir les imposants popotins de ses dames qui ne peuvent plus s'assoir et prennent désormais la place de 3 personnes au théâtre...


L'habit de cour est porté de 1715 à 1774. Il finit par être réservé aux fêtes religieuses et royales tellement il est relou car on lui préfère la robe à la française, bien moins contraignante; d'autant qu'il n'était porté qu'une seule fois puis "démonté" tel un meuble Ikea pour être réutilisé (tissu par ci, dentelle par là) sur d'autres tenues.


LA ROBE À LA POLONAISE
Dans les années 1770, on tend (enfin) vers un peu plus de confort et de simplicité : la robe à la polonaise est alors très appréciée, notamment par Marie-Antoinette. Elle se distingue par ses 3 larges pans de tissus relevés sur l'arrière et maintenus par des cordons.


LA ROBE À L'ANGLAISE
Vers 1780, c'est la robe à l'anglaise qui fait fureur. Comme son nom l'indique, elle vient tout droit d'Angleterre, où les femmes de la classe populaire privilégient simplicité et fonctionnalité pour leur tenues de jour. Pensée pour le plein air, elle offre aussi une grande liberté de mouvement tout en réduisant l'inconfort du corps à baleines et des paniers.


LA ROBE À LA LÉVITE
Ample et confortable, elle rappelle les robes d'intérieur et est donc jugée assez négligée pour l'époque.
La robe à la lévite se distingue par son grand col châle et sa longue écharpe (la lévite) portée en guise de ceinture.
J'ai personnellement eu beaucoup de mal à différencier la robe à l'anglaise de la robe à la lévite.

Il très dur de trouver des informations précises sur cette robe (se porte-t-elle avec des paniers ou s'agit-il plutôt d'un genre de robe de chambre ? Cette incertitude me ronge.)

Marie-Antoinette en raffole durant ses grossesses et n'hésite pas à la porter en public, ce qui choque énormément. Malgré tout, cette robe deviendra, elle aussi, très populaire.
 
 
L'HABIT DE CHASSE
Il est directement inspiré du vestiaire de ces messieurs et est prévu pour l'extérieur.

LA ROBE REDINGOTE
L'équitation étant très à la mode à la fin du XVIIIème, la robe redingote s'inspire directement de l'habit de chasse vu plus haut. Elle est un mélange de robe à l'anglaise et de tenue d'écuyère.

LA ROBE EN GAULLE
A l'opposé de l'habit de cour, on a cette robe sobre et blanche, en gaze de coton, lin, soie ou mousseline, grande inspiration du naturalisme. Elle est plutôt appelée "robe chemise" à l'époque, le terme "gaulle" ou "gaule" apparaissant plus tard et faisant référence aux draps de lit.
En 1783, l'artiste Élisabeth Vigée Le Brun portraiture Marie-Antoinette sans bijou, dans l'une de ces robes simples. Ce tableau royal officiel fait un véritable scandale auprès de la cour, par sa similitude avec les sous-vêtements de l'époque (imaginez un portrait officiel de Macron en marcel et boxer) mais aussi par son origine créole. Le choix de cette robe étrangère, portée d'ordinaire dans les îles, n'a pas sa place dans la penderie d'une reine de France et finit de choquer les esprits conservateurs.
L’œuvre est immédiatement remplacée par un autre portrait où la reine porte une robe de cour  traditionnelle.

JEU :
Sur le 2ème portrait, s'agit-il du grand habit, d'une robe à la Française, à l'Anglaise ou à la Polonaise ?
À vous d'analyser et de me dire votre conclusion en commentaire !
(il n'y a pas de réponse officielle, j'ai lu une dizaine d'articles en ligne et personne n'est d'accord.)

Marie-Antoinette, qui dès 1779 adore porter cette robe blanche si naturelle au Petit Trianon, la rendra finalement très populaire partout en France et dans le monde, au point qu'on surnommera le vêtement "chemise à la Reine". 


LA ROBE EMPIRE
Après la Révolution et la Terreur, le Rococo et ses excès sont abandonnés et le corps féminin libéré.

Vers 1795, durant le directoire, apparaît une robe fluide à l'opposé de la silhouette artificielle des robes de cour. Elle est portée sans corps à baleines (du jamais-vu) ni paniers par les belles de l'époque appelées "Merveilleuses".

Cette robe n'a pas de nom à proprement parler et est désignée en tant que "robe" à cette époque. Aujourd'hui, on la connaît sous le nom de robe empire, ou robe de régence. Je l'aborde ici dans les grandes lignes car on la verra plus en détail dans un prochain article sur la mode au XIXème siècle (oui, j'ai la foi) où elle est plus centrale.

La version la plus simple de cette robe, en mousseline blanche fine (voire carrément transparente pour certaines Merveilleuses extrémistes, yolo) connaît un franc succès et est, comme la robe en gaulle, appelée "robe chemise" à cause de sa ressemblance avec les sous-vêtements.


***********

Ici s'achève (qui a dit "pas trop tôt" ?!) notre garde-robe tour de la femme aristocrate du XVIIIème siècle. J'espère vous avoir, sinon passionnés, au moins divertis ! Tel est mon but, telle est ma vie.

A bientôt, les amis !
Bravo et merci aux courageux/ses qui ont lu jusqu'à la fin ! :D





------------------------------------ MES SOURCES ------------------------------------ 

ARTICLE EN LIGNE :

BIBLIO :
"HISTOIRE DE LA MODE du XVIIIe siècle au XXe siècle"
(par the Kyoto costume institute - TASCHEN)

"MARIE-ANTOINETTE Reine de la mode et du goût"
(par Françoise Ravelle - PARIGRAMME)

"Découvrir et comprendre LA MODE"
(par Mairi MAcKenzie - EYROLLES)

"18th-Century Fashion in Detail"
(par Susan North - THAMES AND HUDSON / V&A)
Victoria and Albert Museum, London

REPORTAGES :

-----------------------------------------------------------------------------------------


Article précédent (si tu l'as raté) : Les Reines du shopping #1
Choisir un autre article : Tous mes articles

Ma tablette graphique : Wacom


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Laissez votre avis ! :)